Quelles seront les conséquences du réchauffement climatique sur les ouragans ?

D’après des études et simulations effectuées par des experts, le réchauffement climatique n’entrainerait pas l’augmentation de la fréquence des ouragans, voire même une baisse sur l’ensemble du globe. En revanche, leur intensité pourrait être vue à la hausse, particulièrement pour les plus gros cyclones.

De fait, une infographie réalisée par Ouest France montre que le nombre d’ouragans relevés dans l’Atlantique nord en 2017 (six) reste dans la moyenne des vingt dernières années. Si la fréquence de ces phénomènes semble plutôt stable, leur intensité pourrait être affectée par le changement climatique. Dans ses projections, le GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’évolution du Climat) s’attend donc à une baisse du nombre total de cyclones dans le monde, mais également à une hausse du nombre de cyclones de catégories 4 et 5 tels qu’Irma, Maria ou José avec des vents supérieurs à 211 km/h et des précipitations beaucoup plus intenses.

En effet, lorsque l’atmosphère se réchauffe, sa capacité à contenir de l’humidité augmente également suivant la formule de Clausius-Clapeyron, ce qui permet de mobiliser plus d’énergie. Cela provoque donc davantage de pluies et dans le cas des cyclones, la libération de chaleur renforce les vents. Les cyclones majeurs peuvent ainsi profiter pleinement de ce mécanisme pour se renforcer. Il est vrai qu’avec le réchauffement de la planète, la naissance d’ouragan peut être « favorisée », parce qu’un ouragan violent est un « subtil cocktail » entre les vents, les pressions et une température plus chaude de la mer. On sait également que l’océan Atlantique Nord est un degré et demi plus chaud que ces 30 dernières années, mais cela n’est pas forcément du à l’activité humaine. Ainsi, si la hausse des températures rend les cyclones de plus en plus dévastateurs, le lien direct avec le réchauffement climatique reste encore à prouver scientifiquement.

Nombre d’ouragans enregistrés en Atlantique depuis 45 ans
Source : La Chaine Météo

On peut observer ici que le nombre d’ouragans en Atlantique est effectivement à la baisse depuis les années 2000. Cependant on sait que les ouragans de cette dernière décennie ont été particulièrement intenses, des ouragans tels que Katrina, Sandy, Haiyan, Irma ou encore Florence en 2018. Parallèlement, il faut savoir que lorsque l’océan Atlantique connaît une période de calme, d’autres cyclones explosent dans l’océan Pacifique malgré que certaines fois, ces phénomènes se produisent dans les deux océans. 

Comme vu dans la partie précédente, nous savons à présent que le réchauffement climatique est une cause du réchauffement des océans de la Terre. Cependant, la naissance d’un ouragan ne s’effectuera pas forcément à partir d’une température de surface élevée. Seulement, un cyclone déjà formé pourra recueillir davantage d’énergie et de puissance pour se renforcer au-dessus d’océans réchauffés.  Les conditions favorables à la formation d’un ouragan sont les suivantes : une mer chaude (minimum 27°C sur 50m de profondeur) qui va constituer le « carburant » pour former et entretenir le cyclone, une quantité suffisante d’humidité dans l’atmosphère et une perturbation produisant des vents tourbillonnants. Ils sont constitués par une masse nuageuse s’enroulant en spirales autour d’une partie centrale. Au contact de l’océan, l’air devient très chaud et s’élève au-dessus de la mer, avec une spirale d’air plus frais vers le centre de la dépression. 

Cet air instable produit une activité orageuse, qui grandit proportionnellement à la chaleur et l’humidité. La rotation de la Terre contribue à donner au cyclone son mouvement circulaire, contraire au sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère nord, à l’inverse de l’hémisphère sud.  Les vents autour de l’ouragan lors de sa formation doivent être le plus faible possible, afin que l’ouragan puisse évoluer sans obstacle. D’autres paramètres sont indispensables tels que les cycles de température ou les flux en altitudes. Deux autres facteurs peuvent influencer la naissance d’ouragan comme des phénomènes climatiques tels que « La Nina » (températures anormalement basses de l’eau) ou « El Nino » (températures anormalement élevées de l’eau). El Nino créé des conditions peu favorables à la formation d’ouragans contrairement à la Nina. Ces deux périodes ont une influence importante sur la fréquence des cyclones. 

La puissance d’un ouragan dépend de la force de convection entre la surface chaude et la stratosphère. L’humidité et la chaleur sont les principaux éléments qui alimentent les ouragans. Le réchauffement climatique, lui, entraine un réchauffement des océans et un refroidissement de la stratosphère, ce qui provoque une augmentation de la différence de température entre surface et haute atmosphère. Tout cela implique ainsi une augmentation de l’énergie et favorise l’intensification des cyclones. 

De plus, outre leur intensité, le changement climatique modifie également la trajectoire des cyclones. D’après une étude menée par le National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), les ouragans s’abattront désormais sur des régions normalement non touchées par ce genre de phénomène. Cela s’explique par un élargissement de la ceinture tropicale, zones situées de part et d’autre de l’Équateur où règne un climat chaud et humide. Ainsi, des zones habituellement exposées telles que les Caraïbes ou le Mexique pourraient devenir plus tranquilles, tandis que la côte Est des États-Unis devrait être davantage frappée : 

Les ouragans les plus puissants sur l’Atlantique depuis 1924.
Source : France Info NOAA

On peut observer ici que tous les cyclones de l’Atlantique sont concentrés au même endroit (Antilles et Amérique Centrale). De plus, on remarque qu’un bon nombre d’entre eux ont été classés en catégorie 5. Cependant, en raison du changement climatique,  « Les endroits où les cyclones sont les plus intenses se décalent vers les pôles. On parle de 50 à 100 km tous les dix ans. C’est assez lent mais non négligeable » a expliqué Robert Vautard, climatologue au CNRS.  Ce phénomène causerait alors de nombreux dégâts tout simplement car les cyclones frapperaient alors des territoires normalement non ou très peu concernés par ce genre de phénomène climatique : ils ne seraient donc pas près à parer une telle catastrophe. Seulement, à ce jour, trop peu de résultats scientifiques ont été obtenus pour pouvoir donner une réponse fiable à la question du changement de trajectoires.

Si le lien entre les ouragans et le changement climatique peut sembler étrange à première vue, il paraît logique s’il est examiné d’un point de vue scientifique : les ouragans tirent leur énergie cinétique de la chaleur de l’océan, et nous savons justement que l’augmentation de la température des océans est l’une des conséquences inquiétantes du réchauffement climatique. En effet, une augmentation de quelques degrés entraine la montée de l’acidité des océans, une fonte des glaces polaires donc une montée des eaux, ainsi que des différences de pression qui peuvent avoir des impacts sur les événements météorologiques comme les cyclones. 

Anders Levermann, professeur à l’université de Potsdam, a également rapporté : «  Les émissions de gaz à effet de serre liées à la combustion du charbon, du pétrole et de gaz augmentent les températures sur notre planète, et apporteront de l’énergie à des tempêtes tropicales toujours plus fortes « . S’il est donc maintenant presque certain que le réchauffement climatique influe sur la puissance des cyclones, il est impossible de savoir avec certitude si l’intensité des ouragans Irma, Harvey ou encore Maria, constitue le début des changements attendus sur les cyclones en raison du réchauffement de la planète. 

Dann Mitchell, spécialiste de la circulation atmosphérique, a déclaré : « L’intensité accrue des tempêtes est une marque attendue du changement climatique, mais il est trop tôt pour dire si cet ouragan (Irma) en particulier a été renforcé par ce phénomène » La question à se poser est la suivante : Aurait-on pu éviter des cyclones d’une puissance telle que celle des ouragans Irma ou Maria si nous n’avions pas réchauffé le climat avec nos gaz à effet de serre ? Fabrice Chauvin, chercheur à Météo France, répond :  « Non, on ne peut pas le dire malheureusement. Nous n’avons pas de bases de données observées suffisamment longues et homogènes. », « Je pense qu’on ne pourra jamais dire qu’Irma a été provoqué par le réchauffement climatique. »  En effet, Irma n’a pas peut être pas été provoqué par le réchauffement climatique mais a pu être accentué par ce dernier. 

Source : France Info

On peut observer sur ce graphique, que le nombre d’ouragans par an n’est en aucun cas stable, mais semble tout de même légèrement à la baisse à partir de 2010 par rapport à la tranche de 1995 à 2010. On constate également que cette période (1995-2010) a connu de nombreux cyclones de catégorie 3, 4 et 5. De même, malgré la baisse de la fréquence entre 2010 et 2017, les ouragans relevés sont d’intensité assez élevée (3,4,5). 

Comme vu précédemment, depuis les années 2000, l’intensité des ouragans est à la hausse, cela nous le confirme effectivement avec ce graphique. Fabrice Chauvin explique : « Les ouragans sont des phénomènes complexes, on évoque souvent la température élevée des eaux comme un facteur important dans la formation et la montée en intensité d’un ouragan. C’est vrai, mais ce n’est pas le seul. Les conditions atmosphériques- l’absence de vents violent en altitude par exemple ou un air chaud et humide dans la basse couche de l’atmosphère, jouent aussi un rôle. ». Par ses paroles, le scientifique incite à prendre en compte l’oscillation atlantique multidécennale. Cela désigne une variation naturelle de la température de la surface de la mer observée dans l’Atlantique nord. « Cette oscillation fait que, sur une période de plusieurs décennies, l’océan Atlantique nord sera plus chaud qu’à la normale et l’océan Atlantique sud plus froid, puis le phénomène s’inverse la période suivante. », poursuit Fabrice Chauvin.  L’Atlantique nord est en ce moment encore en phase chaude, ceci depuis 1995.

Un problème supplémentaire que pourrait engendrer le réchauffement climatique vis à vis des cyclones : « En augmentant l’humidité de l’atmosphère, le réchauffement climatique laisse aussi présager à l’avenir des ouragans accompagnés de plus fortes pluies, ce qui accroit sa dangerosité lorsqu’il touche terre. » a expliqué Caroline Muller, chercheuse au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) 

En effet, une des causes importantes du réchauffement climatique est la montée des eaux donc une montée du niveau de la mer, ce qui peut contribuer à engendrer des dégâts beaucoup plus importants pour les populations des littoraux ou des îles face aux cyclones puissants qui peuvent survenir. D’autant plus que les cyclones provoquent également des houles qui génèrent des « marées de tempête », ce qui aggrave la dangerosité du phénomène. Il y aura donc un risque constant de submersion des côtes : « La conséquence la plus certaine du réchauffement climatique tient aux pluies et à la hausse du niveau de la mer. Les dégâts seront donc plus importants même si le niveau de vent est de même intensité. » a alerté Robert Vautard.  Ce phénomène peut être accentué par une accumulation d’eau océanique poussée par les vents forts. Cette élévation et les phénomènes de marée peuvent provoquer d’importantes inondations. On s’attend à ce que le niveau moyen des mers s’élève au cours du siècle à venir, ce qui rendra les ondes de tempête encore plus dévastatrices. Il est ainsi possible de mesurer l’impact du réchauffement climatique sur les dégâts qui seront causés sur des territoires en raison de la hausse du niveau de la mer.

On ne peut donc pas conclure par le fait que l’ouragan Irma fut provoqué par le réchauffement climatique. Ce dernier a pu être renforcé par les effets du réchauffement. On sait donc qu’il y a un lien indirect entre le réchauffement climatique et les ouragans : celui-ci va malgré tout augmenter la température des eaux ce qui est un facteur important de l’augmentation de l’intensité des cyclones au fil des années. En raison d’autres phénomènes comme la montée du niveau des mers, davantage de dégâts seront causés par les ouragans, qu’ils soient puissants ou non. La modification des trajectoires de cyclones pourrait également devenir un sujet de préoccupation pour l’avenir car elle rendrait vulnérables des zones qui ne sont pas aujourd’hui touchées et donc peu préparées à ce type de phénomène. En l’état des connaissances actuelles, il reste très délicat de donner des réponses concrètes à ce genre de problèmes, mais avec la montée en puissance des ordinateurs actuels, les futures simulations devraient se multiplier pour permettre de répondre à toutes les questions.

Sources :  
- Franceinfo
- GIEC
- CNRS
- La Chaîne météo
- SciencePost
- NHC
- Futura planète
- Meteo France
- Le Monde
- Demotivateur
- 20 minutes PLANETE
- Europe 1
- Sciences et Avenir
- France Inter
- Marianne


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